Éclaircissements

Une pensée (activité tant affective qu'intellectuelle) — quel qu'en soit le thème —, qui ne reste pas ouverte à l'interrogation, à la régulation, voire à la réfutation, est une pensée redoutable par son caractère absolu. Il relève donc de la bienveillance que de faire preuve d'esprit critique, avec délicatesse. Cette proposition même est d'ailleurs énoncée afin d'être examinée attentivement… comme ce qui suit.
Les aperçus, proposés ici, vous offrent une première idée des bases sur lesquelles repose la méthodologie employée lors des Entretiens.

Tel un cuisinier inventif, il vaut sans doute mieux laisser les « recettes » aux marchands d'illusion qui n'ont rien à faire de votre autonomie et de la complexité de votre situation (et de ses saveurs). Ce qui est proposé ici est de l'ordre de la formation accompagnée et suppose l'appropriation de repères et de méthodes. Sans quoi, vous ne pouvez avoir de prise durable sur ce qui vous pose question. Cela réclame évidemment, comme tout apprentissage sérieux, un intérêt et un investissement suffisants, gages d'autonomie et d'efficacité.

Ainsi, une « méthode » vous enseigne une théorie et la manière de l'utiliser en pratique, dans l'intimité de votre vie quotidienne : théorie et pratique constituent donc, ensemble, un savoir-faire dans des contextes qui varient souvent de manière imprévisible.

Coaching : discipline mise en oeuvre par un professionnel formé au conseil et à l'accompagnement de personnes « ne présentant pas de grande souffrance psychologique ni de désorganisation profonde dans leur vie », souhaitant développer leurs potentiels ou devant faire face à des difficultés dans le cadre de leur travail ou dans leur vie privée.

PsyCoaching : approche employée par un psychologue utilisant des théories et des techniques de psychologie adaptées à une demande relevant d'un coaching.

Psychothérapie : pratique dispensée par un psychologue-psychothérapeute ou par un médecin-psychiatre (seul, dans ce cas, à pouvoir prescrire des psychotropes) formés à cette discipline, en cas de grande souffrance psychologique et de désorganisation profonde de la vie quotidienne, familiale, étudiante ou professionnelle.

Clinique : renvoie, dans ce cadre, à une approche directe et individualisée à visée d'aide psychologique ou psychothérapique.

« Brève » ne veut pas dire « magique » ou « éclair » et encore moins « bâclée » ou « superficielle ». Une psychothérapie brève peut donc être « profonde », au sens de l'obtention d'un résultat durable et stable.

Et « brève » ne veut pas non plus forcément dire « de très courte durée ». Ainsi, cette durée pourra se compter en nombre de semaines (pour une difficulté peu invalidante, non compliquée par d'autres difficultés importantes), en mois (dans le cas d'un problème plus intense, plus ancien et/ou plus invalidant), voire en années (s'il s'agit d'aménager une « structure de personnalité » dont la rigidité pose problème, en plus de difficultés non liées à cette « structure »).

Ce temps « relativement court », comparé à d'autres approches, est lié aux techniques employées, ainsi qu'à leur rigueur et leur pragmatisme. Ces méthodes sont généralement centrées sur la compréhension du problème dans sa constitution actuelle, la recherche puis la mise en oeuvre de solutions pratiques et, enfin, la vérification des résultats obtenus et maintenus à l'issue de l'application de ces solutions.

L'ensemble des Entretiens — bien que d'allure fluide et peu formatée — se déroule selon un procédé explicite, rigoureux et sans tergiversation, tout en épousant la complexité (« ce qui est tissé ensemble ») de ce que vous présentez.

Dans ce cadre, tandis que l'accompagnement est sécurisant et respectueux, l'« analyse fonctionnelle » est continue (observation clinique partagée des conditions de survenue, de perpétuation et d'amélioration des difficultés abordées).

Il s'agit d'un dialogue par lequel vous apportez ce que vous pouvez décrire des conditions propres à la survenue de telle et telle difficulté ou souffrance que vous souhaitez aborder.

Votre interlocuteur vous transmet un modèle et un savoir-faire qu'il vous appartient, avec son aide, de vous approprier et d'exercer dans l'intimité de votre vie quotidienne selon quatre axes enroulés au coeur du processus (bien sûr développés lors des Entretiens) : Présence d'esprit bienveillante, Distinction, Suspension, Dissolution.

Chaque Entretien permet d'approfondir et d'affiner chacune de ces modalités : description des conditions, présupposés et valeurs en jeu, compréhension, savoir-faire, mise en oeuvre, résultats observés.

Une définition de l'approche inter- ou « transculturelle » :

« Le grand mérite de la psychologie transculturelle est de permettre, grâce à la comparaison des observations et à l'élargissement de l'horizon de chacun, chercheur ou praticien, de relativiser les idées reçues (elles sont souvent ressenties spontanément comme une norme universelle) et d'engendrer ainsi la réflexion et la tolérance. [...] Cette connaissance favorise le respect de l'autre et la mutualité de l'échange nécessaires à toute relation thérapeutique ou à toute stratégie de prévention. »
Hélène E. Stork dans « L'Apport de la Psychologie Transculturelle à l'Étude du Jeune Enfant dans son Environnement. » Devenir, Vol.6, n°3, p.67-75, 1994.

Les techniques de relaxation, validées par de multiples études, sont très utilisées associées aux approches cognitives & comportementales. Elles constituent un moyen simple, mais essentiel, pour la réduction des réponses psychophysiologiques (régulation des « émotions perturbantes » : anxiété, agressivité ou même dépression).

La relaxation (souvent inspirée du « training autogène de Schultz » ou de la « relaxation musculaire progressive de Jacobson ») peut être pratiquée associée ou non à d'autres techniques. Ainsi, même si elle ne suffit pas, seule, à résoudre un problème, elle n'est évidemment pas une technique au rabais ni une pratique exotique farfelue.

L'un des objectifs essentiels de la relaxation n'est pas de nous éteindre, mais de nous ramener au présent et d'être mieux disponible pour mobiliser nos ressources physiques, intellectuelles et affectives. Suffisamment intégrée, elle peut être discrètement utilisée dans la plupart des circonstances de la vie quotidienne pour réduire un stress ou pour augmenter notre disponibilité.

Approfondir

Il existe différentes façons de considérer et d'utiliser la psychologie cognitive pour comprendre et traiter une difficulté en psychothérapie. Si cette très courte introduction ne permet pas les développements nécessaires (voir Articles complémentaires), elle pourra donner une première idée des bases sur lesquelles repose une partie de la méthodologie employée ici.

Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il y a un lien de co-dépendance tout particulièrement entre situation, manière de penser et survenue d'un état émotionnel perturbant.

Votre travail consiste à comprendre cela, apprendre à le repérer dans l'intimité de votre expérience quotidienne, et appliquer les méthodes appropriées (c'est-à-dire cohérentes avec la nature de ces processus observés selon ce paradigme). Ceci pour appréhender et dissoudre, grâce à ce savoir-faire transmis par votre interlocuteur, les causes psychologiques de dérives, d'entraves et de souffrances pour lesquelles vous consultez.

Ainsi, les « cognitions » désignent nos pensées, nos croyances, nos représentations avec nos affects. La plupart des cognitivo-comportementalistes traitent ces cognitions comme des comportements dit « couverts » (la fameuse « boîte noire », entre le stimulus et la réponse, des behavioristes) avec des procédures formatées spécifiques à une nomenclature psychopathologique.

L'approche utilisée ici — plus fluide et adaptative —, est apparentée à une perspective cognitiviste dite des « systèmes dynamiques incarnés et situés », ainsi qu'à la phénoménologie et influencée par les philosophies extrême-orientales. Cognitivo-comportementaliste, votre interlocuteur a ainsi vivifié une approche cognitive en mesure d'appréhender la complexité (« ce qui est tissé ensemble ») de votre situation, considérant le versant comportementaliste uniquement comme technique d'appoint.

Il propose un modèle explicatif et opérationnel (présenté sous une forme métaphorique) de ce qui va de la « cognition » aux « émotions perturbantes » (qui correspondent aux « comportements adaptatifs et automatiques de survie » que sont la fuite, la lutte et l'inhibition de l'action). Modèle qui réhabilite également la validité de l'expérience « en première personne » (celle que personne ne peut faire à votre place, mais que vous pouvez montrer par des signes et dire par des mots, éventuellement avec une aide appropriée), considèrant donc le patient comme premier « spécialiste de lui-même ».

De cette spécificité théorique et méthodologique, pour clore ce bref aperçu en paraphrasant Épictète, je dirai simplement que :

Ce n'est pas la situation qui nous trouble (tant qu'elle reste inoffensive pour la survie), mais le caractère absolu (c-à-d non ajustable et non réfutable, donc potentiellement dangereux) de certaines de nos pensées (pertinentes ou non) à l'égard de celle-ci...
La présence à soi est le fait d'éprouver sa propre existence. Maurice Merleau-Ponty

La « mindfulness » (« pleine conscience », c-à-d « pleine présence » ou « présence attentive, ouverte ») développe la « présence d'esprit » nécessaire à toute mise en oeuvre d'un savoir-faire, d'un esprit critique et d'une éthique (qui doit être associée à son enseignement !). Il s'agit d'une pratique (méditation minimale et polymorphe) strictement a-religieuse (laïque), en affinité avec certains aspects du bouddhisme et faisant l'objet de nombreuses recherches scientifiques.

Pratiquer la 'pleine conscience' c'est d'abord 'porter attention [aux phénomènes], intentionnellement, dans le moment présent, sans [entretenir de] jugement de valeur'. d'après Jon Kabat-Zinn

Son premier effet est d'insinuer un espace vivant entre l'événement et notre réaction, afin de pouvoir considérer la question qu'il constitue et y répondre de manière mieux appropriée.

Mais, face aux instrumentalisations diverses, il devient nécessaire d'aller de 'mindfulness' (présence ouverte) vers 'mindkindness' (présence d'esprit bienveillante, esprit de bonté)...
Cette pratique de la « présence d'esprit bienveillante » n'est donc pas :
  • un exercice de concentration forcée qui isole et exclut (mais bien l'ouverture d'une attention qui enveloppe et relie) ;
  • une discipline de l'esprit contraignant celui-ci dans le but de le conformer à un idéal ou à une norme close de remplacement ;
  • une recette ou une « technologie du changement » (elle concourt plutôt à un style d'existence, de relation à soi et au monde) ;
  • une quête de performance sensorielle ou cérébrale (mais elle invite la délicatesse du discernement et la sensibilité à ce qui emplit la vie en deçà des moments d'intensité) ;
  • une pratique nombriliste (car il ne s'agit ni de fuir la réalité ni d'un repli sur soi, mais de libérer l'acuité et la créativité pour une relation bienfaisante au monde) ;
  • une sorte d'« opium » qui endormirait notre esprit critique (alors qu'elle en augmente l'opérationnalité) ;
  • enfin, elle n'a pas l'objectif d'arrêter l'esprit, de « vider la tête », de prier,... ou même de résoudre directement un problème bien qu'elle y prépare et y participe nécessairement !
La 'présence d'esprit bienveillante' suscite un retour d'exil (depuis le monde virtuel de notre imaginaire conditionné), en reprenant pied dans l'expérience singulière que nous pouvons faire des situations actuelles.

Avant de les penser, nous les ressentons et les agissons. Elles commandent nombre de nos choix, et souvent nous nous les imposons et tentons de les imposer aux autres. Pourtant, rarement nous nous posons la question de ces règles implicites, plus ou moins partagées, qui président à une large part de nos vies.

Il s'agit de nos « valeurs » — ce à quoi nous accordons de l'importance —, organisées en systèmes plus ou moins cohérents.

Cette absence d'interrogation vient principalement du fait que ces règles nous semblent évidentes, universelles, faisant partie de nous-mêmes (nous nous identifions à elles). Nous les valorisons donc socialement, puisque, en les défendant, nous croyons nous défendre nous-mêmes et bénéficier aux yeux des autres de l'importance que nous accordons à « nos » valeurs.

À beaucoup, il pourra ainsi paraître dangereux de les circonscrire et encore plus de s'interroger à leur propos. Comme s'il n'y avait rien au-delà et qu'elles constituaient des repères et un socle sans lesquels nous nous retrouverions perdus et rejetés de tous ceux qui les partagent ! Est-ce là une explication à leur perpétuation, au conformisme et au poids sclérosant voire menaçant de telle ou telle coutume ?

De fait, nous avons besoin de théories, de normes, de valeurs pour nos vies ! Mais cela ne veut pas dire « besoin d'une même théorie, des mêmes normes et des mêmes valeurs en tout temps et en toutes circonstances », surtout si elles s'avèrent périmées ou inadaptées à nos conditions d'existence.

Même nos valeurs fondamentales doivent rester interrogeables pour ne pas devenir omnipotentes. Parce qu'une valeur, avant de devenir pour notre malheur un concept parasitaire, est d'abord une réponse à une question. Et, faut-il le rappeler, la première de nos questions concerne notre sécurité de base : comment survivre et vivre ensemble en coopération pour justement vivre une bonne vie (soin envers soi-même) et une vie bonne (soin envers autrui) ? Ceci exprimant un principe éthique directeur : « s'interroger, voire s'indigner activement, ne pas nuire, être bienfaisant ».

Ainsi, une valeur n'est qu'une pensée partageable, un modèle provisoire, une fonction qui doit nous servir ensemble. Et si nous la préservons, ce n'est pas pour elle-même mais bien parce qu'elle nous est utile (ou plaisante) dans nos conditions d'existences spécifiques et actuelles (d'ailleurs en partie générées par ces valeurs)…

Une valeur est comme un cheval cybernétique nommé 'Concept' (ou 'Schéma'), équipé d'oeillères, mais nécessaire à nos actions. Portons-nous notre cheval ? Ou bien en restons-nous le cavalier ! C'est-à-dire celui qui conduit car il est un 'facteur vivant', le mieux capable de comprendre la situation selon des angles différents, d'être bienveillant, de faire des hypothèses, de cheminer avec la complexité et ainsi d'accueillir les variations imprévisibles de l'environnement ?
'Croyance' est le mot commun qui désigne toute certitude sans preuve. Alain (philosophe)

C'est le rôle de la philosophie, de l'éthique, des arts, de la psychologie, de la recherche que d'interroger les idées et les présupposés pour servir les êtres vivants.

Il s'agit d'un art de vivre essentiel que de considérer, de comprendre et d'intégrer suffisamment cela dans notre rapport à soi-même, aux autres et aux événements. Cela tout autant au sein d'une voie spirituelle, que d'une voie a-religieuse (laïque) comme c'est ici le cas.

Le 'bon sens' est l'intention — souvent associée à un sentiment de 'joie' — qui porte nos actes dans une direction aussi appropriée que possible à la situation actuelle, dans nos conditions d'existence.

Autrement dit, c'est l'expression d'une intelligence humaine où vont ensemble et coopèrent l'expérience, le discernement, la sensibilité et l'intuition.

Ainsi, le « bon sens » nous ramène à des valeurs essentielles que nous pourrions exprimer ainsi :
  • Chaque être vivant est sacré (c-à-d précieux, respectable) ;
  • les pensées, les idées (quoi qu'elles désignent, disent ou représentent) ne sont pas des êtres mais des fonctions ;
  • une pensée ne peut rester saine (voire plaisante), utile et non dangereuse — même dans l'erreur —, que si elle reste interrogeable, régulable voire réfutable, au regard des contextes qui varient par nature.

Mais, que cela soit par habitude (conditionnement), par crédulité (ignorance) ou par manipulation (malveillance, par qui est en quête d'un pouvoir qui ne rassure que lui-même sans parvenir à équilibrer sa pathologie), il existe une « inversion » de cette valeur éthique que nous pouvons couramment constater. Inversion qui décontextualise nos modèles, altère radicalement notre « libre arbitrage » et sectionne notre « corde de rappel » au monde et aux autres.

Alors, les pensées, les idées deviennent plus importantes que soi, que l'autre, que la vie. Et la souffrance s'installe parce que l'évidence, le vraisemblable ou l'impression de vérité, les opinions et les jugements précipités qu'une simple émotion estampille comme « vrais », le « logiquement vrai » (pourtant réservé aux mathématiques) et le sentiment de certitude qui flirte avec l'ivresse de l'absolutisme,… suffisent à conclure sans retour, moquer, menacer, dévorer, condamner, exclure, ou éliminer !

Il existe pourtant, en nous, une alerte systématique à la survenue de cette « inversion » lorsque de telles pensées absolues s'imposent à notre esprit. Mais, nous n'avons pas la culture (c-à-d la connaissance intégrée, fondée sur une observation) pour repérer cette alerte, reconnaître ces pensées et en tirer les conséquences autant qu'il est possible...

Mon travail est de transmettre un savoir-faire qui invite le « bon sens » dont il est question ici, ainsi que son nécessaire développement face à ces causes de souffrance.

Voici quelques points, non exhaustifs, souvent évoqués avec mes patients lorsqu'il s'agit de leurs enfants ou de leur appréhension à devenir parent.

Ce que nous transmettons à nos enfants, c'est d'abord notre conduite en leur présence et envers eux.

Nos enfants ne sont pas des singes savants ni des adultes en miniature voués à perpétuer nos compulsions et nos frustrations. Ils se développent par la présence bienveillante, la considération que nous avons pour eux. Les conséquences de nos conduites, en leur présence, nous montrent à quel point nous sommes partie prenante, facteurs intégrés à toute situation, composants de toute relation aux autres et au monde.

Pourtant, quelle tendance avons-nous parfois de projeter nos valeurs sur eux et de leur attribuer des intentions pareilles aux nôtres ou dont nous avons peur ! Observons alors comment nous leur attribuons des calculs quasi-machiavéliques là où, à leur manière et selon leur maturité, ils exercent en fait, par le jeu, la découverte de leur rapport au monde et de leur autonomisation.

Autonomie qui leur permettra d'être, plus tard, assez sereins pour choisir leurs activités et leurs amis, quitte à être seuls un moment, plutôt que de se soumettre aux règles absurdes et délétères de tel ou tel groupe de pairs (alcoolisation et absorptions de toxiques divers, comportements à risque, extrémisme, etc.).

Il ne s'agit donc pas de les soumettre à des normes auxquelles nous sommes nous-mêmes soumis par habitude ou par ignorance, mais de leur transmettre un sens critique face aux normes. Non pour qu'ils s'opposent systématiquement à celles-ci, mais pour qu'ils puissent les nuancer voire les transformer en fonction des situations auxquelles ils participeront.

D'ailleurs, observons comme ils sont allergiques, avant même de savoir parler, au caractère parfois irréfléchi et dogmatique de nos injonctions et de nos règles ! Alors qu'ils acceptent mieux la fermeté de nos consignes lorsqu'elles sont correctement et calmement ajustées,... et répétées, avec patience, puisque c'est bien souvent nécessaire.

Si nous sommes dans le désarroi ou sous l'emprise d'une pensée de caractère absolu, nous pouvons devenir simpliste et agressif… jusqu'à transmettre ainsi à nos enfants que s'adapter, apprendre, évoluer, ne peut se faire que par la comparaison disqualifiante, l'intimidation, voire la violence et la soumission.

Nos enfants nous donnent l'occasion d'apprendre de leurs réponses face à nous, et de nos propres réactions face à eux… pour mieux les aimer tout en nous libérant de conceptions parasitaires.

Notre bienveillance et notre bienfaisance à leur égard s'expriment prioritairement — avec des repères explicites pour eux, ainsi qu'avec cohérence, fermeté et de manière affectivement sécurisante — dans au moins trois dimensions :

  • leur sécurité de base (dont leur intégrité actuelle et leur santé future) ;
  • la préservation des conditions de leur développement (dont l'esprit critique envers les idées et les actes), avec comme première perspective de conserver les « portes ouvertes » pour des choix ultérieurs ;
  • l'acquisition des principes de respects mutuels et d'altruisme — sans naïveté —, selon l'éveil progressif de leur empathie… en respectant donc leurs rythmes de développement.

Cette économie de règles réclame de la part des parents une attention bienveillante à soi et à l'autre, ce qui éveillera l'attention à soi et aux autres chez nos enfants.

Ceci plutôt que de promouvoir la dispersion, la précipitation et la quête avide de sensations fascinantes (trop souvent, je vois des enfants saturés de stimulations et d'activités)… Quête finalement addictive qui induit la dépendance aux objets, aux situations et au regard des autres afin d'obtenir encore et encore cette fascination en lieu et place d'une attention sereine et bienveillante à soi et à autrui.

Il n'y a dans ces lignes aucune recherche de perfection en tant que parent ou pour nos enfants, puisqu'il s'agit de « vivre à propos » pour améliorer notre sort en participant au mieux de ce que nous pouvons, chemin faisant, aux situations souvent imprévues que nous traversons dans une vie.

À l'époque où chacun s'écriait : « Je sais ! » et stigmatisait, disqualifiait ou tuait son prochain pour imposer sa propre vérité, Montaigne murmurait « Que sais-je ? » nous invitant à suspendre notre jugement. Car toute opinion extrême et tranchante le blessait. Les vérités n'étant pour lui que conjectures.

On me fait haïr les choses vraisemblables quand on me les plante pour infaillibles. J'aime ces mots qui amollissent et modèrent la témérité de nos propositions [...]. Et si j'eusse eu à dresser des enfants, je leur eusse tant mis en la bouche cette façon de répondre enquêteuse, non résolutive : « Qu'est-ce à dire ? Il pourrait être. Est-il vrai ? » qu'ils eussent plutôt gardé la forme d'apprentis à soixante ans que de représenter les docteurs à dix ans, comme ils font. Qui veut guérir de l'ignorance, il faut la confesser. Montaigne
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